mardi, février 21, 2006

Dans le grand tribunal de la Pensée Unique, l'Histoire à nouveau au banc des accusés

Je sais que je marche sur des oeufs, mais l'affaire est assez importante pour que j'y mette mon grain de sel. Hier, 20 février, l'historien britannique David Irving, 67 ans, auteur controversé du best seller « Hitler's War », un livre passé date dans lequel il avait contesté l'ampleur de la Shoah, a été condamné par un tribunal de Vienne à trois ans de prison pour avoir nié l'extermination des Juifs par les nazis. Notre homme, réputé pour ses déclarations chocs, avait été saisi de sa personne le 11 novembre 2005, dans la province de Styrie, sud de l'Autriche, où il était en transit. Le gros bras velu de la Justice l'avait alors emprisonné sur la base d'un mandat d'arrêt lancé en 1989 pour avoir nié l'extermination de six millions de Juifs par les nazis lors de deux discours prononcés en Autriche cette année-là.

Loin de moi l'idée de vouloir donner le moindrement de crédibilité à la thèse d'Irving, qui m'apparaît aussi farfelue qu'égarée. Dans ce délire, et en ce qui me concerne, nous avons assez de preuves cinématographiques et de témoignages archivistiques de toute nature pour être en mesure de nous faire une tête bien à nous, sans devoir pour autant et pour cela nous soumettre à des préceptes qui emmurent l'esprit au lieu de l'inciter à se dépasser. Le procès d'Irving, comme celui de la déportation du néo-canadien Zundel, cet immigré allemand pas très inspirant qui s'était acharné à nier également cette évidence, a ceci de malsain, qu'il coupe les langues au lieux de les délier et qu'il fait ressortir des réflexes vieux comme le monde, les réflexes de l'intolérance qu'on croyait ensevelis dans les derniers tourments de l'Inquisition.

Ne pas croire à la Shoah, est-ce plus criminel que de ne pas croire au Christ, en Dieu, à la fin du monde ou aux milliers de suppliciés de l'Inquisition ? Croire ou ne pas croire ? La question mérite d'être posée, et je vois mal un tribunal en train condamner celui ou celle osant se prétendre athée. « La vérité luit par sa propre lumière, et on n’éclaire pas les esprits à la lueur des bûchers » écrivait le Patriarche Voltaire aux termes d'une vie trépidante passée à dénoncer la tyrannie. Dans ce sens, je suis de ceux qui croient mordicus que l'expression de l’Histoire, qui est une manière de concevoir la marche de l'Humanité selon le prisme des préjugés d'une époque, ne devrait jamais être autrement qu’un art, un monde en soi et sans contrainte livré à l’appréciation d’un autre, une projection éminemment personnelle de l'homme dans l'univers.

Le malheur, c’est que l'Histoire est inévitablement récupérée par le politique sous des prétextes fallacieux qui n'ont dans la réalité des faits qu'un but : soumettre un monde au profit d’un autre en permettant à quelques êtres médiocres de dominer sur la masse insidieusement soumise aux diktats d'une pensée unique. Certes, le monde doit se souvenir de ces folies démentielles dont ma génération a été témoin, et nous avons tous, chacun à notre manière, l'impérieuse tâche de faire en sorte que cela ne puisse plus jamais se produire —encore là un projet plutôt qu'une réalité me direz-vous ! Mais emprisonner Irving n'empêchera pas la Terre de tourner et ne ralliera pas à la voix de la raison ceux qui partagent ses convictions destructrices. On emprisonne un corps, pas son esprit, si déviant soit-il. Et s'il est une chose que la raison de ce début de millénaire n'a nul besoin, c'est bien d'une contrainte pour en limiter les vues et les avenues, c'est bien de cette sorte de limite de la pensée qui a justement permis à des hommes et des femmes d'en tuer au moins six millions au nom d'une idéologie qui n'est rien d'autre que le fruit d'une pensée unifiée...

Akakia

1 Comments:

Anonymous Marie Mance Vallée
dit :

L'affaire Michaud, ici-même au Québec, est un bel exemple de la pensée unique qui sévit dans le monde.

On ne se donne plus la peine de nuancer,d'appliquer démocratiquement les lois et les règles; on attaque les plus honnêtes des citoyens au nom de la pensée unique.

9:03 a.m.  

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