mercredi, août 08, 2007

Suicide assisté de « La Grosse-Ile » ; le massacre du patrimoine maritime du Québec se poursuit...

Le propriétaire de ce qu'il décrit comme la dernière goélette à voiles du Saint-Laurent convie la population à sa destruction le 25 août dans le port de Québec.Je sors un court instant de ma cavale littéraire estivale, pour me désoler avec vous de cette triste nouvelle voulant que le propriétaire de la goélette « La Grosse-Ile », M. Didier Épars (nom on ne peut plus poétique pour ce genre d'entreprise), a décidé de mettre le feu à son bâtiment historique devenu une trop lourde charge pour ses vieux os et son escarcelle ratatinée de retraité gaspésien.

Dans un commentaire laconique, M. Épars ne cache pas son dépit et ne se prive pas de tirer à boulets rouges sur la Commission des Biens culturels du Québec qui, il est aussi vrai, n'en perd pas une pour témoigner de son insensibilité à l'égard du patrimoine national. Tout en déplorant la légèreté culturelle des fonctionnaires gouvernementaux et l'absence d'aide des ministères concernés, il assure qu'il entend bien passer à l'acte le 25 août prochain dans le port de la Vieille Capitale —qui, permettez-moi de le souligner pour ma part, n'en finit plus de s'humilier en quêtant à des pays amis des cadeaux de toutes sortes dans le cadre du 400e anniversaire de la fondation de la ville de Québec par Samuel de Champlain.

Alors qu'on se prépare justement à célébrer l'historique événement, l'un des derniers témoins de notre belle aventure maritime risque donc d'être sabordé devant ce qui fut, ironie de l'histoire, le premier lieu d'habitation française en Amérique. C'était en 1608, rappelez-vous qu'elle nous dit et redit la mairesse Boucher ! Encore une triste fois, ce résultat est l'oeuvre d'une insouciance collective déplorable que ne dément pas du reste l'inculture de nos représentants aux Parlements. Faut-il espérer, pour éviter cet autre innommable naufrage de notre patrimoine national, qu'un Français de France, plus futé que nous et séduit par ce témoin authentique du Québec en déroute, se fasse le sauveur de ce joyaux de notre patrimoine maritime ?

Akakia
(Qui est aussi Russel Bouchard, Chicoutimi)

P.-S. Pour vous désoler davantage, je vous invite à lire le commentaire suivant, tiré du « Journal de Québec » de ce 8 août 2007 :


« A bout de ressources, M. Didier Épars, propriétaire de la goélette Grosse -Ile y mettra le feu à cette date pour éviter la faillite. M. Epars a fait parvenir un dossier de presse hier soir aux quotidiens pour expliquer son geste désespéré. Il convie incidemment le premier ministre Jean Charest à ce grand spectacle.

«Je sais que c'est un geste absurde» a indiqué hier M. Epars en entrevue «mais quand vos interlocuteurs vous disent que ce bateau n'a pas de valeur alors qu'il s'agit d'un bien culturel, quand on vous dit que ça ne vaut guère plus qu'un stand de patates frites....»

La Grosse-Ile a été construite en 1951 au chantier maritime de Saint-Laurent sur l'Ile d'Orléans pour les besoins de la Défense. Elle servait à faire la navette entre Montmagny et Grosse Ile et transportait des gaz peu recommandables comme l'anthrax. Particularité, cette goélette a été faite selon les modèles des années 30 à fond plat et serait unique en son genre. Selon son propriétaire c'est la dernière survivante d'une époque puisque les milliers de goélettes construites sur les rives du fleuve sont disparues ou hors d'usage.

La goélette a été entièrement restaurée et serait prête à prendre le large. «Nous avons travaillé avec le ministère fédéral des Transports et il ne nous manque que la dernière étape de la certification obtenue avec l'essai en mer, contrairement à la Marie-Clarisse qui n'a jamais été certifiée» d'expliquer M. Épars.

Celui-ci a acheté le bateau en 1991 et affirme avoir englouti 600 000$ dans cette aventure. Une fondation a été mise sur pied avec des «amis de la goélette» et l'investissement privé atteint 1,4 million $. L'aide du gouvernement a pris la forme de programme de création d'emploi et rien d'autre. C'est un maître-charpentier, Paul Mailloux, de l'Isle-aux-Coudres, maintenant décédé, qui a supervisé les travaux de réfection. La Grosse-Ile est en cale sèche à Québec depuis 2003 et a reçu un avis d'éviction puisque le quai doit être refait. Le manque à gagner pour sauver la goélette serait de 320,000$.

Les multiples rencontres avec le ministère de la Culture et avec et avec les gens du 400e n'ayant rien donné, M. Epars s'apprête à désarmer le navire pour récupérer un peu sa mise de fond et à y mettre le feu dans la coque!.

Dans une lettre au ton tristement ironique envoyée au premier ministre M. Épars dit «nous allons in extremis éviter la faillite, rembourser partiellement tous ceux qui ont cru et soutenu notre lubie d'un navire patrimonial québécois naviguant sous voiles sur le Saint-Laurent avec des passagers, et nous allons nous débarrasser d'un actif encombrant et sans valeur monnayable. Je vous convie et toute la population au démembrement de la goélette sur le quai 27 le samedi 25 août.»

3 Comments:

Anonymous Esther Gravel
dit :

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Je trouve ça triste qu'on saborde ainsi un bateau qui fut un vibrant témoin de la moitié du XXe siècle maritime au Québec... Et après tous le temps et les gros $ investis par M. Épars, c'est d'une absurdité choquante! Il fut un mécène maritime et maintenant il est obligé de mettre le feu à ce à quoi il a voué une partie de sa vie... Aberrant! Les gagne-petit ne sont peut-être pas à même d'aider à sauver son oeuvre, mais peut-être que si nos gouvernants faisaient un meilleur choix dans certaines dépenses et que des investisseurs privés (argentés) lui étaient venus en aide plus rapidement, cette goelette pourrait encore témoigner d'une époque! Dommage!

10:07 a.m.  
Anonymous Zach Gebello
dit :

Oyé! Oyé!

Les Seigneurs de Québec et du Grand Patronat de Sa Majesté annoncent au bon peuple qu'en leur grande bonté et amour pour celui-ci ils ont décidé de les récompenser de leurs loyales soumissions par le divertissement d'une exécution publique!

La population est donc invitée à se rassembler autour du port de Québec, au quai 27, du jour 25 d'Août en l'an 2007 de Sa Majesté la Reine, pour voir l'exécution, par les saintes flames rédemptrices du royal bûcher, de Monsieur Didier Épars qui s'est vu imposé cette purification de son âme pour s'avoir pendant des années équarté du saint dogme de la très sainte doctrine de l'immobilisme ethnique québécois.

Faut'il en conclure que les tonneaux de cette goélette auraient portée ombrage aux bidons de Rabaska?.

12:50 p.m.  
Anonymous Esther Gravel
dit :

Eh oui M. Gebello, en effet, excellent parallèle avec le port méthanier! J'y avais pas pensé tout à l'heure! Le passé "sale" on le brûle, et on va maintenant glorifier un futur "sale" parce que le futur, lui va rapporter. Au diable les risques environnementaux et la sécurité des populations! Money makes the world go 'round!

2:59 p.m.  

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