jeudi, mai 22, 2008

« Nous, le Peuple du Québec... »



Invité par le chef de l'opposition officielle à s'engager dans la rédaction d'une constitution interne où seraient écrites les valeurs fondamentales de la société québécoise, le chef du gouvernement du Québec a rejeté du revers de la main cette idée. « La population s'attend à ce qu'on bouge puis qu'on pose des gestes concrets, rapides », a rétorqué M. Jean Charest pour couper court à toute possibilité en ce sens. « Ou bien on fait de la constitution [dit-il encore,] ou bien on fait un plan d'action. Le choix que nous allons faire, c'est celui d'un plan d'action. C'est celui-là qui aura le plus d'impact et l'impact le plus immédiat. » Et ce plan d'action, on l'aura deviné depuis le temps qu'on en cause, c'est « la primauté du français, l'égalité femmes-hommes, [et] la séparation de l'État et de l'Église. » En fait, M. Charest promet de nous donner ce qui est un acquis collectif depuis 1960. Tout un cadeau !

Pouvait-on s'attendre à une autre réponse ? De la part de M. Charest, évidemment non ! Puisque c'est là la réponse tout-à-trac d'un gérant de service, d'un contremaître de voirie à qui il incombe de « patcher » les nids de poule qui se sont découverts dans sa rue au cours de la dernière nuit, de réparer la fuite d'eau dans la ruelle d'à côté et de refaire la couverture du garage municipal qui prend eau.

On aura compris, comme le suggère la répartie du premier ministre, qu'écrire une constitution digne de ce nom —entendons une bonne, celle qui est fait pour durer dans le bon sens, celle qui commence par : « Nous, le Peuple du Québec... »— exige deux pré-requis incontournables. Primo, il faut nourrir un idéal commun, c'est-à-dire avoir une vision du pays dans sa tête, avoir le sens de l'Histoire. Secundo, il faut qu'on soit assez généreux et assez sain dans ses intentions pour être prêt à travailler, en âme et conscience, de toutes ses forces et de tous ses charismes, avec toutes les énergies de la nation, y compris celles qu'on combat du haut de son ambon dans le salon parlementaire.

Cette fin de non recevoir instinctive, c'est exactement ce qui arrive quand l'agenda qu'on s'est fixé est enfermé dans un mortel présent, que notre idéal est emprisonné dans les préoccupations partisanes d'un programme électoral où le seul enjeu qui nous intéresse est le maintien du pouvoir trivial. Il est vrai que l'écriture d'une constitution est un geste grave et qu'elle mérite toute l'attention du peuple, de ses élites et de ses représentants. Mais les raisons évoquées par M. Charest ne sont pas les bonnes. Avec la réplique qu'il vient de servir à son vis-à-vis parlementaire, nous sommes en mesure de bien comprendre que notre premier ministre n'a ni la capacité intellectuelle pour s'y abandonner, ni la volonté de le faire, ni l'ouverture d'esprit pour y arriver. M. Charest ne semble pas comprendre la précarité du moment auquel il est tenu et qui nous soumet tous.

M. Charest vient de nous le confirmer avec ses propres mots : il est l'homme du présent, pas de l'avenir. Il n'y a pas meilleure façon d'emprisonner l'esprit du Peuple...

Akakia

1 Comments:

Anonymous Gébé
dit :

Ils sont tous des chefs du présent.

Ils veulent écrire une constitution sans peuple.

Une constitution de partis.

8:34 a.m.  

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