samedi, octobre 14, 2006

L'effondrement de l'industrie forestière québécoise. Quoi faire avec ce cadavre ?!

À ce Monsieur, forestier de profession, qui répond à mes dernières chroniques sur l'industrie forestière, qui fustige le rapport Coulombe, qui s'en prend au système de gestion des volumes liant une compagnie à un territoire publique (ce dont je souscris), et qui me demande de respecter son anonymat, voilà comment je vois la suite de cette triste affaire de soi-disant « crise dans l'industrie forestière » (sic).

Pour dire juste et bien, comprenons d'abord qu'une « crise » est un effet passager appelé à se résorber dans un temps prévisible, alors que ce que nous vivons actuellement n'est que le début, le symptôme de l'effondrement de l'industrie forestière québécoise, ce qui fait toute la différence (ailleurs, au Canada et aux États-Unis, je ne sais pas, mais ici, à coup sûr, c'est l'effondrement). Sur la base du fameux « modèle québécois » (modèle de rapine de la ressource et d'incompétence étatique), il n'y aura donc pas de retour, et, dans ces circonstances, je considère que les leaders d'opinions sont malhonnêtes de prétendre que cela est passager.

Bref, comme il n'y a pas d'alternative, il faut d'ores et déjà commencer à reconstruire sur ces cendres qui n'ont pas fini de brûler. Voilà donc, en quelques mots, ma lecture de la suite...

Pour toutes sortes de raisons —endogènes et exogènes—, plus rien ne sera jamais pareil : d'abord, il y a moins d'arbres et ceux qui restent sont plus petits, moins abondants au km carré et plus éloignés des usines, ce qui est en fait et en dit une rupture de stock ; ensuite, il faut prendre en compte l'arrivée de nouveaux joueurs, tels la Chine, l'ex-URSS et même l'Amérique du Sud, qui modifient du tout au tout les conditions d'approvisionnement du marché mondial ; et, enfin, il faut considérer que les besoins de ce marché, notamment celui du papier journal, est en train de se réajuster en fonction de l'expansion de la presse virtuelle et de l'informatique. Certes, il y aurait d'autres considérants à noter, mais nous avons là l'essentiel du tableau auquel s'ajoute, évidemment, l'absence —total— de vision à court, moyen et long termes de nos décideurs politiques et d'affaires.

Sachant cela, que faut-il faire ? Pour être honnête, je n'ai pas la réponse à ce mal endémique, mais voilà ce qui m'apparaîtrait sain de faire si j'étais à la tête de l'État québécois, propriétaire en titre et en droit des ressources naturelles et grand responsable du bien commun : 1- un temps de réflexion, pour tâcher de bien comprendre la structure de cet effondrement ; 2- admettre qu'il faudra au moins quinze ans pour reconstruire un nouveau modèle québécois de l'industrie forestière 3- abandonner le modèle énergivore de l'industrie papetière qui nous vaut une bonne part de ces malheurs ; 4- faire une loi où il serait littéralement interdit d'exporter à l'extérieur du Québec la matière ligneuse (grumes, flocons et sciure) ; 5- évaluer sainement ce qui nous reste en forêt commerciale mature, établir des projections à long terme pour les plantations et la repousse, et voir ce qu'il serait préférable de faire avec ce potentiel ; 6- diversifier l'industrie à partir de la base, c'est-à-dire de la plantation de la graine à la vente du produit fini qui devra dépasser au possible l'étape du primaire ; 7- et, enfin, travailler sans relâche pour que nos enfants et petits-enfants puissent en tirer les profits dans quinze ans.

Voilà ce qui m'apparaîtrait sain de faire ! Voilà ce que n'a pas le temps de faire ce cadavre industriel !! Et voilà ce que ne semble pas être en mesure de comprendre l'État du Québec (tous partis confondus) !!!

Russel Bouchard

P.-S. Un dernier point : si vous ne l'avez encore fait, je vous suggère fortement de prendre connaissance du livre que j'ai publié à l'automne 2004, « Annales de l'industrie forestière au Saguenay–Lac-Saint-Jean (1945-2000) / Une histoire populaire des Canadiens français de la Boréalie ». Le fruit de trente ans de travail ; 515 pages bien documentées ; 1250 références. Bref, vous avez là, d'année en année, tout le tableau de la scène qui nous prépare aux jours sombres que traverse notre industrie de la forêt aujourd'hui. Le livre coûte 40$. Pour le commander, il vous suffit d'envoyer un chèque ou un mandat poste de 49$ (qui comprend 40$ pour le coût du livre et 9$ pour le port et l'emballage), à mon nom et à mon adresse : Russel Bouchard, 33 St-François Chicoutimi (Saguenay), Qc, G7G 2Y5.

4 Comments:

Anonymous Richard Harvey
dit :

Entièrement d'accord avec vous Russel! Quoique j'y ajouterais une recommandation sur laquelle je travaille pour le mois de février, soit la nationalisation partielle de l'industrie forestière et de la ressource, rien de moins. Vivre et laisser mourir, voilà la clé. Laisser crever les forestières et racheter au meilleur prix les installations dans un premier temps. Puis, investir et actualiser le parc forestier -qui nous appartiendrait collectivement dès lors- et se positionner sur le nouveau marché qui se pointe pour redevenir concurrentiels et rentable pour nous cette fois-ci. Dehors les voleurs! Reprenons ce qui nous appartient de droit!...à bientôt.

8:32 p.m.  
Anonymous Russel Bouchard
dit :

Absolument. L'idé est plus que valable. Elle est excellente. La plupart des forestières ne valent que des dettes (plus de 5 G$ pour ACI), ça ne coûterait rien récupérer ce que nos gouvernements leur ont donné.

Russel

9:20 p.m.  
Anonymous Richard Harvey
dit :

Vous avez bien saisi...aux québécois de faire de même. Le momentum est parfait. Il s'agit de soutenir les communautés et non l'industrie, puis de reprendre notre bien collectif! C'est pourtant simple...et souverain!

6:49 a.m.  
Anonymous Marie Mance Vallée
dit :

Il s'agit de remettre les coopératives à la mode... Comme cela s'est fait dans les temps difficiles.

Marie Mance Vallée

8:39 a.m.  

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