mardi, décembre 19, 2006

L'État bookmaker – « Bye-bye boss » !

On m'a enseigné, et j'ai toujours cru comprendre, que l'avenir du citoyen ne peut être autrement que dans son engagement inconditionnel envers l'avenir collectif dont il participe. Face à ses devoirs sacrés qui le lient à l'ensemble par le biais de l'État, le citoyen n'a guère le choix : ou il participe par son génie et son travail ; où il décroche et tente d'échapper à ses devoirs sacrés en profitant du labeur des autres, ce qui réduit d'autant les capacités de l'ensemble à construire une société plus juste, plus équitable, plus humaine, plus épanouie.

Ces derniers jours, un jeune couple de Saint-Jacques-le-Mineur, petite citée de la Montérégie québécoise, a eu la main chanceuse et a encaissé un chèque de... 27 M$ (millions de dollars). C'est le deuxième gros lot en importance, toutes sommes confondues de l'histoire déjà trop longue de la déshumanisante Loto-Québec ! Premiers commentaires des heureux multi-millionnaires $ : « On va partir pour quelque temps, histoire de redescendre de notre nuage. Je vais faire une pause. Je n'ai plus de patrons et plus personne ne me dira : tu es en retard ce matin. Bye-bye boss. »

Qu'on en rêve ou qu'on répudie par jalousie, qu'importe ! Une chose est sûre et certaine, la vie de ce couple vient de culbuter dans le délire le plus insensé. Devant une telle dérive de l'État, faut-il se surprendre que d'aucuns sortent de leur réserve dans laquelle ils s'étaient eux-mêmes enfermés pour fustiger le bon peuple d'être de moins en moins productif (dixit le Lucide !) ?

À cet égard, mon idée est faite depuis longtemps ! Quand un État entretient délibérément la confusion entre le Bonheur et la jouissance et qu'il accepte que l'équilibre des finances publiques soit expressément redevable à la faiblesse humaine et à ses pulsions qu'il titille comme le plus vulguaire des proxénètes. Quand les politiques sociales et la santé publique sont redevables à des monopoles d'État qui faisaient naguère la richesse du crime organisé. Quand l'Espérance d'un peuple, qui est cette sorte d'énergie sacrée sensée construire le devenir collectif, est confondue dans l'espoir au quotidien de gagner le million du samedi. Quand il ne reste plus au citoyen que les jeux de hasard pour capter son attention et l'empêcher d'aller se pendre au grenier parce qu'il a perdu tout espoir envers ses propres forces, on ne s'étonne plus de voir s'installer le désespoir qui conduit au suicide et au décrochage, de voir éclater jour après jour les solives de la fraternité qui supporte justement l'édifice de la solidarité humaine, première raison d'être de l'État et du politique.

Il y a mille et une manières d'établir une tyrannie : la moins subtile et la plus ancienne consiste à utiliser le mensonge et la violence pour maintenir le citoyen dans un état de peur perpétuelle ; la plus subtile consiste à éteindre son besoin de liberté et son initiative en le soudoyant par le vice et la facilité. La première a l'avantage d'attiser la haine du citoyen contre l'injustice dont il est victime et à garder son esprit constamment en éveil dans l'espoir de mettre fin à ce joug infect ; la seconde produit l'effet contraire parce qu'elle éteint son esprit dans une illusoire réussite dont il n'est du reste pas l'auteur.

Akakia

1 Comments:

Anonymous Richard Harvey
dit :

L'État bookmaker. Une des grandes dépravations de l'élite politique et administrative de notre époque, et peut-être la plus grande dérive sociétale de l'ère moderne après les génocides à répétitions!

Honte à nous...honte à notre temps!

11:41 a.m.  

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